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L’Eglise et la pédophilie

synodeFaut-il se taire parce que ça sent le brûlot ?
Faut-il ne rien dire parce que la « réputation » de l’institution ecclésiale serait mise en cause ?
Faut-il faire silence pour ne pas « rajouter de l’huile sur le feu » ?
Pour certains, la tentation est grande de ne pas crier avec les loups et les médias et d’exclure, de ce type de site, des sujets brûlants, ô combien d’actualité…!
Malheureusement la pédophilie est une réalité universelle qui trouve son terrain d’élection, si on peut dire, dans tous les milieux: familial, enseignant, ethnique, sportif, diplomatique… et ecclésial.
Même s’il est des vérités difficiles à entendre et à accepter, osons notre parole sur les abus sexuels des mineurs et des personnes vulnérables par des ecclésiastiques de l’Eglise catholique.
Cette parole s’affirme à plusieurs titres :
– au nom de notre simple humanité, de sa conception de la dignité de l’homme et des enfants,
– au nom de la vérité qui libère,
– au nom des victimes, pour leur manifester compréhension et souci de justice à leur égard,
– au nom de l’Eglise, car comme le disait Mgr Charles Scicluna, responsable du dossier des prêtres pédophiles au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi, « c’est la dénonciation qui sauvera l’Eglise, et pas l’omerta»
– et tout simplement au nom de notre foi et de notre mission en Tabgha pour dénoncer des agissements qui touche à la dignité de la personne et à sa vie et pour apprendre comment offrir un espace d’accueil, d’écoute, et de restauration de l’homme dans sa dignité et sa beauté… car si nous nous taisons, les pierres crieront !

Partout dans le monde des dénonciations massives de pédophilie de la part des prêtres catholiques se déroulent : Etats Unis,Irlande, Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas et récemment Australie. Actes doublement pervers car les victimes, n’étaient pas choisies au hasard :Enfants pauvres, aux parents divorcés, morts, alcooliques …
La France n’est pas épargnée : l’histoire actuelle dans le diocèse de Lyon fait grand bruit. …et les communautés nouvelles n’en sont pas exemptes : Christ roi, Béatitudes, Verbe de Vie, Communauté Saint-Jean, Communauté de Bethléem, Travailleuses missionnaires de l’Immaculée, le Pain de Vie, et tout récemment Points Cœur à Fréjus-Toulon.

La nouveauté c’est que ce ne sont pas les médias ou l’actualité, comme le dernier film Spotlight (qui vient de recevoir l’Oscar du meilleur film 2016 aux USA), sur ce sujet qui dénoncent les agressions pédophiles mais les membres de l’Eglise eux-mêmes : Devenus adultes, ils osent briser le carcan du silence et interpeller les responsables.
Parce que la vérité rend libre et peut guérir. Thérapie de choc dont toutes les victimes ne bénéficieront pas (suicides, problèmes psychiatriques, alcool…)
Et c’est bénéfique que cette parole se libère : la conférence des évêques de France a enfin pris la mesure du désastre en rappelant sa « politique de fermeté » menée contre les actes de pédophilie commis par des prêtres. Dans un communiqué, elle affirme que « la conférence des évêques de France tient d’abord à redire sa profonde compassion et son soutien aux victimes de tels actes… … Elle réaffirme la politique de fermeté menée par les évêques de France depuis plus 15 ans sur ces questions de pédophilie », et répète sa « volonté de coopération complète avec la justice »…
Le pape François de son côté affirme : « Je voudrais, au nom de l’Eglise, vous demander pardon pour les scandales qui ces derniers temps se sont produits aussi bien à Rome qu’au Vatican ».
et encore : « Les crimes et les péchés des actes pédophiles contre des mineurs ne peuvent êtres tenus secrets plus longtemps. Je garantis la vigilance zélée de l’Eglise pour protéger les enfants et la promesse de la pleine responsabilité pour tous. »
et aussi : dans l’avion qui le ramène du Mexique, il dit en toute clarté qu’un « évêque qui change un prêtre de paroisse quand on détecte qu’il est pédophile est un inconscient, et le mieux qu’il puisse faire, c’est présenter sa démission »

Pour autant, il en est encore, au Vatican tout comme en France, des prélats qui estiment qu’il n’est pas « nécessairement » du devoir des évêques de prévenir les autorités lorsque des membres du clergé sont coupables d’abus sur des mineurs :
Le Saint-Siège précisait encore il y a peu e que si les évêques sont tenus de se tenir au courant des lois locales, qui peuvent leur imposer d’informer les autorités des allégations, leur unique devoir est d’en référer à leur hiérarchie et à l’Eglise. Pour le Vatican, c’est aux victimes et à leurs familles de porter plaintes auprès des autorités.
Le psychanalyste français Tony Anatrella, prêtre du Diocèse de Paris et consulteur au Conseil pontifical pour la famille affirme : « Il n’incombe pas forcément à un évêque de signaler les suspects aux autorités, à la police ou à un procureur s’ils sont informés d’un crime ou d’un acte immoral ».
Mais ça bouge : La Commission pontificale pour la protection des mineurs a réaffirmé « l’obligation » des évêques de « signaler les cas d’abus sexuels aux autorités civiles », dans une déclaration publiée le lundi 15 février.
« Notre Église Catholique a bien de la peine à prendre la mesure du problème que constitue la pédophilie de ses représentants, notamment des prêtres, à qui elle confie ses enfants. Et plus encore à prendre « les » mesures qui montreraient une fois pour toutes qu’elle veut en finir ». affirme Guy Ringwall sur NSE

Le silence depuis des décennies des responsables ecclésiaux fait mal. Ils savaient. Ils savent encore. Pourquoi ce mutisme et cette crainte de dire la vérité ? René Poujol dans un excellent article lève une réponse : « La peur ultime, chez nombre d’évêques, est sans doute d’avoir à envisager la fin d’une Eglise cléricalocentrée, aujourd’hui artificiellement maintenue, non sans difficultés, par l’accueil massif de prêtres étrangers, et de devoir enfin prendre réellement au sérieux le sacerdoce commun à tous les baptisés. »
On le voit la partie n’est pas gagné entre certains tenants de l’institution hiérarchique et ceux qui mettent en avant l’Homme.

Quand aux victimes, bien que nous n’en croiseront guère sans doute sur notre route, comment leur manifester une compassion active qui appelle à la guérison et à l’espérance ? Que faire alors ?
Ne participons pas à ce scandale : Soyons des artisans de vérité.
Osons parler du problème. Mettons-le carte sur table. Dénonçons ces actes. Disons notre désaccord. Continuons chacun à apprendre toujours plus à être rivage de compassion pour tous : cet espace sera peut-être un jour reconnu par certains pour qu’il puisse déposer leur fardeau et qu’avec eux nous ouvrions des portes de restauration de leur beauté originelle… Soyons les garants d’honnêteté et de transparence toujours plus grande en la matière pour contribuer à rendre l’Eglise, dont nous faisons partie, plus crédible…

Enfin, osons une question qui dérangera peut-être : les prêtres pédophiles sont eux-mêmes dans la plupart des cas des victimes de pédophilie dans leur jeune âge. Ils reproduisent à leur tour le même cauchemar. Comment leur venir en aide ? Que faire d’eux ? Comment les soigner sans les remettre dans un circuit ecclésial ou laïque auprès d’enfants ?
Ici encore nous nous sentons démunis … Une qualité de présence et de dialogue avec les prêtres que nous connaissons, des invitations pour qu’ils ne soient plus seuls, des courriers de fermeté et d’exigence de vérité aux responsables hiérarchiques, des pétitions à signer … tout cela peut contribuer à quitter une culture de la honte et de la peur et des fonctionnements de mépris et de mutisme.
Il n’est plus tenable de défendre l’Eglise contre « un acharnement médiatique » supposé. La pédophilie est réel en son sein. Combattons-là.

– Wikipédia dresse une situation dans le monde d’une tristesse à en pleurer
– l’article de René Poujol : Spotlight : des vérités qui continuent d’effrayer
– l’analyse de l’hebdo le Pélerin

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« Puissions-nous en ces moments entendre l’invitation de Dieu à prendre soin de ce monde, à en faire, là où nous vivons, un monde plus chaleureux, plus humain, plus fraternel. Un temps de rencontre, avec des proches, des amis : un moment pour prendre le temps de vivre quelque chose ensemble. Un moment pour être attentif aux autres, quels qu’ils soient. Un temps de partage de notre amitié, de notre joie. [...] Un temps de prière, aussi : attentifs à ce qui se passera dans notre monde à ce moment- là. Prions pour ceux qui en ont le plus besoin, pour la paix, pour un meilleur vivre-ensemble. »
Père Jacques Hamel
dans le bulletin paroissial de l’église Saint-Étienne, en juin, avant son assassinat
La compassion est en train de quitter notre monde

" "A ceux qui se demandent quel sorte de manque ronge silencieusement nos sociétés, il faut répondre : la compassion. Cette sollicitude spontanée que les bouddhistes appellent la maitri et qui est assez proche, au fond, de l'agapê des chrétiens.
Aujourd'hui, on a beau prendre la réalité contemporaine par tous les bouts, une évidence crève les yeux : la compassion est en train de quitter notre monde. A petits pas. Insidieusement. Or, avec la compassion, c'est le bonheur de vivre qui s'en va. Disons même la gaieté.
Nos rires deviennent tristes. Notre sérieux est navrant. Nos prudences sont moroses. Nos "fêtes" sont sans lendemain. Nos plaisirs sont boulimiques et plutôt enfantins. Tout se passe comme si la frénésie jouisseuse de l'époque cachait une sécheresse de cœur et une stérilité de l'esprit.
La gaieté véritable, celle que nous sommes en train de perdre, c'est celle de l'aube, des printemps, des projets. Elle se caractérise par une impatience du lendemain, par des rêves de fondation, par des curiosités ou des colères véritables : celles qui nous "engagent".
Cette vitalité joyeuse ne doit pas être abandonnée à la contrebande des amuseurs médiatiques ou des clowns politiciens."

Paroles partagées par Jean-Claude Guillebaud en conférence en 2015 à Briec-de-l'Odet (29).