Color Selector

default niceblue intenseblue otherblue blue puregreen grassgreen green olive gold orange pink fuchsia violet red

Container Selector

Article

Brexit : mauvaise nouvelle, belle opportunité…

brexit « Restons lucides et prenons soin du lien exigeant qui unit nos humanités » proposions-nous dans un autre article de cette semaine : « Pendant que je regardais ailleurs » de Meneldil Palantir Talmayar.
Suite à l’écriture de cet article le Brexit a eu lieu.
« Prendre soin du lien qui unit nos humanités ».
Cette petite phrase résonne avec acuité et urgence dans notre Europe aujourd’hui.
Sans vouloir entrer dans une analyse de ce qui se passe et des sentiments joyeux ou malheureux des uns et des autres – ce qui n’est pas de notre compétence-, on doit quand même s’interroger sur ce qui s’est passé. Car c’est quand même une déflagration « historique » qui vient de se passer et qui augure mal de notre avenir commun en Europe.

xenophobie– Premier constat, ce séisme a eu lieu parce qu’il a surfé sur des forces réactionnaires faites de repli sur soi, jouant allègrement avec la peur, le mensonge, la xénophobie et l’insécurité. La question du repli identitaire dans chaque pays risque de grossir avec les montées un peu partout de l’extrême-droite.
François Bonnet sur Médiapart commente : « Le « non » britannique est aussi un drame tant il signifie la victoire des pires forces à l’œuvre aujourd’hui en Europe. Les 52 % de non ont un sens politique on ne peut plus clair : c’est la victoire de la droite conservatrice et populiste, c’est la victoire de l’extrême droite, forces rancies dans leurs frustrations paranoïaques et leurs rêves d’empire perdu, portées par une xénophobie déchaînée et des peurs fantasmatiques. Le débarquement des « hordes de migrants » fut ainsi l’argument premier des tenants du Brexit »

– en second lieu, la confiance des peuples, du « petit » peuple dirions-nous, est sérieusement ébranlée : à part les élites et les financiers, ces gens du quotidien ne croient plus à l’idéal européen tel qu’il la concevaient : sécurité, justice, paix, démocratie, progrès social, toutes ces valeurs humaines et sociales d’un bien vivre ensemble balayées par le profit, l’ultralibéralisme économique à tout crin. On ne peut faire l’Europe contre les peuples.

– autre interrogation, la précipitation à vouloir « aller vite » à travers des discours lénifiants ou trompeurs : quand le président Hollande lance un appel au « sursaut » pour relancer le projet européen en se concentrant sur les questions de lutte contre le terrorisme et de politique de défense, aborde-t-il les vrais enjeux et les vrais problèmes ? On a l’impression que nos dirigeants veulent noyer le poisson pour continuer « comme avant » ou pire, on peut le craindre, mettre en place des réponses jouant sur le côté assommoir de l’événement : serions-nous dans une stratégie du choc tel que décrivait Naomi Klein ?
Dans son livre « la stratégie du choc ou le capitalisme du désastre », elle dénonçait l’existence d’opérations concertées dans le but d’assurer la prise de contrôle d’un pays, d’une région continentale par les tenants d’un ultralibéralisme tout-puissant. Ce dernier met sciemment à en place ou à contribution crises et désastres pour substituer aux valeurs démocratiques, auxquelles les sociétés aspirent, la seule loi du marché et la barbarie de la spéculation. Vous en trouverez une analyse sur l’ancien site du CCFD Plouay à laquelle nous avions participée.

europe– la gouvernance démocratique est également au cœur du problème. Les gouvernants européens n’entendent plus les cris des grecs, des portugais, des espagnols, des laissés pour compte, ou étouffent les mouvements contestataires de l’Italie, de l’Espagne, de la Grèce, du Portugal…

– Notons aussi le rôle des médias, véritables pyromanes depuis des décennies dans leur approche de ce qu’est l’Union Européenne. Ils ont rivalisé à qui mieux mieux dans le mensonge et l’exagération.
La presse populaire (les « tabloïds ») qui vend quotidiennement des millions d’exemplaires n’a pas été de main morte en jouant sur la peur, l’approximation, le catastrophisme ou la xénophobie. (Pour rappel, visionner « les nouveaux chiens de garde » proposé en bas de page).
Nous pourrions continuer la liste ce ce qui ne va pas.

Soyons positifs. Oui il faut rebâtir le projet européen sur des bases nouvelles, respectueuses des peuples. En ce sens le Brexit est une chance car il créée une onde choc salutaire. On ne peut plus continuer à fonctionner comme ça.
Comment redonner foi et allant à un nouveau projet européen ? Nous voila face à des choix cruciaux :
* Une Europe libérale où tout les coups sont permis et ou Europe inscrite dans une économie qui soit respectueuse de la dimension sociale de ses membres et de l’environnement de la planète ?
* une Europe de la solidarité entre les peuples et non pas le chacun pour soi ou bien l’entre-soi dans un même pays ?
* Une Europe de partage, d’ouverture : quand l’insécurité pousse souvent les gens à voter vers les partis identitaires il en va du risque d’un démantèlement possible de l’Europe : si nous n’y prenons garde le désarroi ambiant va profiter aux forces populistes de droite…
« Le choix britannique, qui vient par ailleurs clore vingt années de chantage permanent fait par ce pays à l’Union européenne, peut être porteur d’espoirs nouveaux … si on ambitionne de remettre la politique et ses idéaux au cœur de cette construction européenne. Il y a d’abord cette évidence. Les citoyens européens ne veulent plus de cette Union européenne. » nous dit encore François Bonnet.
Problème : l’Europe est-elle encore réformable ? Va-t-on assister à des emplâtres et des cautères pour cacher les plaies et entretenir la gangrène néolibérale ?
« L’UE n’est pas réformable dans un sens progressiste, avec un fonctionnement plus démocratique, parce qu’elle est conçue, dans son architecture intrinsèque, pour ne pas être réformable. Tout est verrouillé … L’UE n’a pas été conçue pour fonctionner avec les règles de la démocratie parlementaire, dont on craint toujours la tentation « populiste « , explique Stathis Kouvelakis.

refugiesLe responsable de Podemos, Pablo Bustinduy, affirme que le Brexit s’ajoute à une série de crises, de la Grèce aux réfugiés, qui prouve, d’après lui, que l’Europe traverse une mauvaise passe. « Il faut profiter de cette opportunité pour faire un pas en avant […], refonder une Europe démocratique … la question qu’il faut se poser, ce n’est pas celle de savoir pourquoi les Britanniques ont voté la sortie, mais celle de savoir ce que nous, Européens, voulons faire ensemble. »
et Stathis Kouvelakis d’enfoncer le clou « L’UE n’est pas réformable et je pense qu’il n’existe pas d’autre solution que sa dissolution. Une vraie refondation de l’Europe signifie briser la cage de fer de l’austérité perpétuelle et du néolibéralisme autoritaire, et cela passe par une rupture avec la machinerie institutionnelle de l’UE. Il faudra donc jouer le jeu des référendums, tout en empêchant les forces de la droite xénophobe et nationaliste de gagner l’hégémonie et de dévoyer la révolte populaire. »

Faut-il alors baisser les bras ? Non ! mais il faut rebâtir le projet européen dont on peut faire le constat que c’est la fin dans son fonctionnement actuel car construit par et pour des élites et qui ne bénéficie pas d’un soutien populaire.
C’est aujourd’hui le moment opportun pour se saisir d’un nouvel idéal, pour bâtir un nouveau projet si les nations ne veulent pas être gravement punies par une droite nationaliste et xénophobe qui capterait la colère populaire.
Dans ce projet les chrétiens ont leur rôle à jouer.
Pour dire l’Espérance en l’Avenir qui les habitent et pour être ferments d’unité, de solidarité et de paix pour bâtir un Corps qu’appelait de ses vœux le Christ la veille de sa mort : Que tous soient un.
Des mois et des années s’annoncent désormais difficiles, exigeantes, vraies, douloureuses. Car cette unité ne se fera pas dans l’uniformité ou le consensus mou.
Prenons notre place et soyons les témoins et les bâtisseurs d’un monde fraternel, épris de liberté et de paix au nom de notre foi en Christ et en l’Europe.
Xavier

-> Pour élargir la réflexion, la position du Pape François concernant l’Europe :
– relire le son discours lorsqu’il a reçu le prix Charlemagne en mai dernier
– lire ou relire son intervention au Parlement européen en novembre 2014
– le site de la COMECE(Commission des Episcopats de la Communauté européenne)
– Mgr Grallet évêque de Strasbourg réagit à la décision des Britanniques (interview de 3,40 mn) :



La prière du Cardinal Martini pour l’Europe (2005):
Père de l’humanité,
Seigneur de l’histoire,
regarde ce continent auquel tu as envoyé
des philosophes, des législateurs et des sages,
précurseurs de la foi en ton Fils mort et ressuscité.
Regarde ces peuples évangélisés
par Pierre et Paul,
par les prophètes, les moines et les saints.
Regarde ces régions baignées
par le sang des martyrs
et touchées par la voix des réformateurs.
Regarde les peuples unis par de multiples liens
et divisés par la haine et la guerre.

Donne-nous de nous engager
pour une Europe de l’Esprit,
fondée non seulement sur les accords économiques
mais aussi sur les valeurs humaines et éternelles :
une Europe capable de réconciliations
ethniques et œcuméniques,
prompte à accueillir l’étranger,
respectueuse de toute dignité.

Donne-nous de regarder avec confiance notre devoir
de susciter et promouvoir une entente entre les peuples
qui assure pour tous les continents
la justice et le pain,
la liberté et la paix.

2 Comments

  • Après l’interview pas vraiment passionnante ni originale de Mgr Grallet sur le Brexit, on tombe sur « La boutique de Zachée  » et ses pâtes de fruits monastiques, puis sur les reliques de Ste Thèrèse: Tabgha ne pourrait-il pas être « tenté » par un Episcopæxit? D’habitude, vos choix m’intéressent beaucoup . Lilé.

  • Merci de ce commentaire
    C’est un lien parmi d’autres et qui fait plus référence à un autre site (diocèse d’Alsace), qu’à celui de Tabgha …
    « Tabgha un rivage… » refuse toute publicité.
    … il y a d’autres intérêts je pense dans le post de « Tabgha, un rivage… » que ce « détail » de pâte de fruits via le site diocésain de Strasbourg…

    A bien réécouter le message de Mgr Grallet, membres de la COMECE, celui-ci dit sa tristesse de ce qui arrive, ses interrogations embarrassées face à l’avenir, à la capacité de poursuivre la construction de l’Europe, la place de l’économie, et la nécessité de clarifier la taille de l’Europe …

    Pour ma part je partage ta forme d’humour mais aussi de la tristesse face aux paroles généralistes (économie, défense, gouvernance,) et qui parlent si peu de l’Humain et des « valeurs » évangéliques telles que la solidarité, l’ouverture à l’autre, le souci des laissés pour compte ou la paix… et aucune invitation pour les chrétiens ou les citoyens.

    Se posera toujours la question pour les administrateurs de site du comment rejoindre les uns et les autres dans la diversité des approches de chacun ?

    Quant à cette intervention, à ma connaissance, c’est la seule parole officielle de l’Eglise pour l’instant…

    Que la pauvreté de cet interview ne nous empêche pas de nous mettre en route pour que nous « soyons les témoins et les bâtisseurs d’un monde fraternel, épris de liberté et de paix au nom de notre foi en Christ et en l’Europe » , comme nous l’appelions dans le post.
    Xavier

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Abonnez-vous à notre newsletter

Tenter de trouver avec notre prochain un terrain commun d’humanité
« Puissions-nous en ces moments entendre l’invitation de Dieu à prendre soin de ce monde, à en faire, là où nous vivons, un monde plus chaleureux, plus humain, plus fraternel. Un temps de rencontre, avec des proches, des amis : un moment pour prendre le temps de vivre quelque chose ensemble. Un moment pour être attentif aux autres, quels qu’ils soient. Un temps de partage de notre amitié, de notre joie. [...] Un temps de prière, aussi : attentifs à ce qui se passera dans notre monde à ce moment- là. Prions pour ceux qui en ont le plus besoin, pour la paix, pour un meilleur vivre-ensemble. »
Père Jacques Hamel
dans le bulletin paroissial de l’église Saint-Étienne, en juin, avant son assassinat
La compassion est en train de quitter notre monde

" "A ceux qui se demandent quel sorte de manque ronge silencieusement nos sociétés, il faut répondre : la compassion. Cette sollicitude spontanée que les bouddhistes appellent la maitri et qui est assez proche, au fond, de l'agapê des chrétiens.
Aujourd'hui, on a beau prendre la réalité contemporaine par tous les bouts, une évidence crève les yeux : la compassion est en train de quitter notre monde. A petits pas. Insidieusement. Or, avec la compassion, c'est le bonheur de vivre qui s'en va. Disons même la gaieté.
Nos rires deviennent tristes. Notre sérieux est navrant. Nos prudences sont moroses. Nos "fêtes" sont sans lendemain. Nos plaisirs sont boulimiques et plutôt enfantins. Tout se passe comme si la frénésie jouisseuse de l'époque cachait une sécheresse de cœur et une stérilité de l'esprit.
La gaieté véritable, celle que nous sommes en train de perdre, c'est celle de l'aube, des printemps, des projets. Elle se caractérise par une impatience du lendemain, par des rêves de fondation, par des curiosités ou des colères véritables : celles qui nous "engagent".
Cette vitalité joyeuse ne doit pas être abandonnée à la contrebande des amuseurs médiatiques ou des clowns politiciens."

Paroles partagées par Jean-Claude Guillebaud en conférence en 2015 à Briec-de-l'Odet (29).