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« Cette violence est le fruit de dizaines d’années de négligence de nos relations humaines »

cercle-silencePour le frère Alain Richard, franciscain, fondateur des Cercles de silence, les causes d’un débordement de violence ne sont pas à chercher uniquement dans la conjoncture actuelle mais aussi dans cette absence de formation et d’éducation, en France, aux relations humaines et à la non-violence.
Ce militant de la non-violence, est un des co-fondateurs de ces manifestations qui réunissent depuis octobre 2007 jusqu’à plusieurs centaines de personnes pour dénoncer les conditions de rétention des sans papiers. Une « invitation à écouter sa conscience », qui a fait boule de neige. Depuis 2007, plus de 150 cercles de silence ont essaimé en France et en Europe.
Entré dans l’ordre franciscain à l’âge de 23 ans, ingénieur agronome de formation, le frère Alain Richard a notamment milité dans les « Brigades Internationales pour la Paix » au Guatemala d’où il s’est fait expulsé par la dictature. Mais c’est aux Etats-Unis, à Okland qu’il a expérimenté pour la première fois les cercles de silence pour sensibiliser la population aux dangers du nucléaire. Ce qui lui a valu d’être arrêté par la police américaine une trentaine de fois. Lors de ses séjours à Chicago et Las Vegas, il s’est également illustré dans la défense des travailleurs pauvres et la lutte contre la guerre et l’économie de marché.
Le journal La Croix consacre un interview recueilli par Isabelle Demangeat, le 15 juin dernier que voici :


alain-richardComment réagissez-vous, en tant que partisan de la non-violence aux débordements de violence qui secouent actuellement le pays ?
Frère Alain Richard : « Je ne suis ni étonné ni surpris. Nous récoltons aujourd’hui les fruits de dizaines et de dizaines d’années de négligence de nos relations humaines. Que ce soit au sein de la société civile comme au sein de l’éducation nationale, et même au sein de l’Église, aucune formation aux relations et à la non-violence n’est prévue dans les différents cursus. On pourra me reprocher de ne pas répondre directement à la question, mais c’est pour moi la principale cause de la violence qui jaillit actuellement dans le pays. Il me semble très grave que notre pays donne accès à une foule de connaissances mais pas à la connaissance du rapport avec les autres. Pourtant, depuis des années, des psychologues, des éducateurs, des penseurs n’ont eu de cesse de demander la création et le développement de structures de formation et d’éducation à la non-violence. Dans des situations de violence, certaines personnes ne peuvent répondre que par la violence, car elles sont enfermées dans des schémas où elle est l’unique issue : c’est une façon, pour elles, d’exprimer ce qui n’a jamais été digéré à l’intérieur d’eux. Elles ne font alors que se détruire, tout en détruisant l’autre : elles entrent en contradiction même avec ce qu’est profondément l’être humain, qui cherche avant tout à se réaliser. Parce que l’idéal de l’être humain n’est pas d’affirmer sa force mais bien d’être humain !

Aujourd’hui, une partie de la population ne réagit pas seulement à la violence par la violence. Elle l’utilise pour exprimer son indignation. Pourquoi ?
F.A.R. : Parce qu’elle ne sait pas réagir autrement  ! Et qu’on ne l’a pas éduqué, y compris au sein du cercle familial, à réagir différemment, à développer ses forces intérieures. Son premier réflexe, dès lors, est une réaction animale, bestiale, associée à la bêtise, si je peux dire. On parle beaucoup d’humanité mais l’humanité, cela se forme, cela s’éduque ! Y compris dans le monde politique. Je suis parfois effaré de voir comment des personnes qui ont des responsabilités agissent avec une telle ignorance, en matière de relations humaines, une ignorance de la manière dont les conflits se créent et s’évitent. Je ne veux pas citer d’exemples parce que cela serait malhonnête de ma part, mais, hélas, de nombreuses personnes en responsabilité agissent d’une manière qui ne peut que provoquer de la violence. Si l’on veut se parler calmement, cela suppose une certaine éducation.

Comment chacun peut-il faire, à son échelle, pour canaliser cette violence afin d’éviter que celle-ci jaillisse sur les autres ?
F.A.R. : Il est très facile de rejoindre l’un des nombreux groupes de formation à la communication verbale non-violente qui existent, pour apprendre à ne pas accroître la violence dans sa famille, dans son lieu de travail, ou dans sa chorale paroissiale par exemple. En 48 heures, on peut déjà connaître les principales bêtises à ne pas faire. C’est un premier pas en sachant qu’il est possible aussi d’envisager de suivre un stage, plus complet, de formation à la non-violence.
Ce qui est essentiel, c’est que chacun entre en contact avec sa propre humanité. Cela sous-entend alors de travailler à son intériorité, c’est-à-dire pour les chrétiens, d’accueillir Dieu en soi, ce qui est un vrai chemin pour ne pas être dominé par la violence bestiale.
Recueilli par Isabelle Demangeat

Frère Alain Richard est auteur de Accueillir Dieu en soi. Chemin de justice et de paix, et d’Une vie dans le refus de la violence

Revoir ici le magazine video (13 mn) « Les moines de la place du Capitole », réalisé en 2010 par Vincent Albinet et Olivier Denoun :



le site des franciscains de Toulouse

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Tenter de trouver avec notre prochain un terrain commun d’humanité
« Puissions-nous en ces moments entendre l’invitation de Dieu à prendre soin de ce monde, à en faire, là où nous vivons, un monde plus chaleureux, plus humain, plus fraternel. Un temps de rencontre, avec des proches, des amis : un moment pour prendre le temps de vivre quelque chose ensemble. Un moment pour être attentif aux autres, quels qu’ils soient. Un temps de partage de notre amitié, de notre joie. [...] Un temps de prière, aussi : attentifs à ce qui se passera dans notre monde à ce moment- là. Prions pour ceux qui en ont le plus besoin, pour la paix, pour un meilleur vivre-ensemble. »
Père Jacques Hamel
dans le bulletin paroissial de l’église Saint-Étienne, en juin, avant son assassinat
La compassion est en train de quitter notre monde

" "A ceux qui se demandent quel sorte de manque ronge silencieusement nos sociétés, il faut répondre : la compassion. Cette sollicitude spontanée que les bouddhistes appellent la maitri et qui est assez proche, au fond, de l'agapê des chrétiens.
Aujourd'hui, on a beau prendre la réalité contemporaine par tous les bouts, une évidence crève les yeux : la compassion est en train de quitter notre monde. A petits pas. Insidieusement. Or, avec la compassion, c'est le bonheur de vivre qui s'en va. Disons même la gaieté.
Nos rires deviennent tristes. Notre sérieux est navrant. Nos prudences sont moroses. Nos "fêtes" sont sans lendemain. Nos plaisirs sont boulimiques et plutôt enfantins. Tout se passe comme si la frénésie jouisseuse de l'époque cachait une sécheresse de cœur et une stérilité de l'esprit.
La gaieté véritable, celle que nous sommes en train de perdre, c'est celle de l'aube, des printemps, des projets. Elle se caractérise par une impatience du lendemain, par des rêves de fondation, par des curiosités ou des colères véritables : celles qui nous "engagent".
Cette vitalité joyeuse ne doit pas être abandonnée à la contrebande des amuseurs médiatiques ou des clowns politiciens."

Paroles partagées par Jean-Claude Guillebaud en conférence en 2015 à Briec-de-l'Odet (29).