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Discernement et miséricorde : des routes ouvertes par le synode des évêques

Dagens J’ai beaucoup aimé ce post de Mgr Dagens, ancien évêque d’Angoulême sur son blog. Je vous le partage. Xavier

 » J’ai participé à deux synodes d’évêques, à Rome : en 2001 sur « Le ministère des évêques au service de l’espérance du monde » et en 2012, sur « La nouvelle évangélisation et la transmission de la foi ».
Il est certain que le synode de ce mois d’octobre 2015, inséparable de celui d’octobre 2014, était très différent des précédents. Pour une raison majeure : c’est qu’il suscitait des échos nombreux dans toute l’Église catholique et dans l’opinion publique, et que le pape François avait souhaité que les évêques associent le peuple de Dieu à l’examen des réalités concernant la famille, ou plutôt les familles, qu’il s’agisse des difficultés à affronter ou des routes à ouvrir.
Ce synode de 2015 vient de s’achever. Que s’y est-il passé ? Comment les difficultés ont-elles été affrontées ? Quelles routes ont été ouvertes ?

L’EXPÉRIENCE DE LA CATHOLICITÉ DE L’ÉGLISE
Un synode est, de toute manière, une expérience concrète de la catholicité de l’Église. Pas seulement de son caractère international, mais de sa diversité intérieure, et des façons diverses dont la Tradition catholique est comprise et mise en œuvre, de l’Afrique à l’Asie et des pays occidentaux marqués par la sécularisation aux pays émergents où s’affirme davantage la nouveauté de la foi.
Ces diversités ont été à l’origine de réelles confrontations entre évêques. Le pape François l’a souligné dans son discours de clôture : « Au-delà des questions dogmatiques bien définies par le Magistère de l’Église, nous avons vu aussi que ce qui semble normal pour un évêque d’un continent peut se révéler étrange, presque comme un scandale – presque – pour l’évêque d’un autre continent… et que ce qui pour certains est liberté de conscience, pour d’autres peut être seulement confusion. »
Ces très grandes diversités culturelles ont provoqué des confrontations et des oppositions qui ne concernent pas seulement les formes et les pratiques de la vie familiale, mais la façon de les comprendre selon les exigences de l’Évangile. Ce que certains envisagent comme des actes de miséricorde apparaît à d’autres comme du laxisme et ce que l’on considère ici comme une fidélité à la Tradition est perçu ailleurs comme une intransigeance inhumaine.

L’AFFRONTEMENT DES DIFFICULTÉS
Ces confrontations ouvertes étaient inévitables et même nécessaires. Les groupes linguistiques permettaient de les aborder non pas de façon théorique, mais à partir des expériences et des pratiques locales. Ce qui est apparu alors, ce n’est pas seulement la distance qui peut exister entre la doctrine catholique et les réalités humaines. C’est l’obligation de sortir de cette impasse. C’est alors qu’apparaît l’exigence du discernement.
Il ne s’agit plus seulement de définir le bien et le mal. Il s’agit de prendre en considération les personnes avec leurs situations particulières et souvent difficiles, en se demandant comment la Parole de Dieu et la Tradition de l’Église sont capables, pour les temps actuels, d’éclairer ces situations. C’est une véritable conversion spirituelle qui devient alors nécessaire : le discernement apprend à relier les appels de l’Évangile et les attentes des hommes. Le pape François a su l’exprimer avec vigueur : « L’expérience du Synode nous a fait aussi mieux comprendre que les vrais défenseurs de la doctrine ne sont pas ceux qui défendent la lettre, mais l’esprit, non les idées, mais l’homme, non les formules mais la gratuité de l’amour de Dieu et de son pardon. »

DES ROUTES OUVERTES
La principale route ouverte par ce synode, c’est précisément celle du discernement. L’Église tout entière est appelée non pas du tout à changer sa doctrine, mais à changer son attitude, lorsque son attitude se réduit à l’affirmation de principes généraux : la priorité, ce sont les personnes, la rencontre des personnes et cet acte de foi qui consiste à croire que l’Esprit Saint agit aussi bien du côté de ceux et celles qui annoncent l’Évangile que du côté de ceux et celles qui vivent des situations familiales complexes. Nous sommes les uns pour les autres des signes de l’action de Dieu et de l’Esprit Saint, qui inspire le discernement, et qui encourage aussi à la rencontre entre tous.
Avec une priorité qui est aussi une route ouverte : la révélation de la miséricorde du Christ, car, comme le dit encore avec force le pape François, « le premier devoir de l’Église n’est pas de distribuer des condamnations ou des anathèmes, mais il est celui de proclamer la miséricorde de Dieu, d’appeler à la conversion et de conduire tous les hommes au Salut du Seigneur » (cf. Jean 12,44-50).
La suite réelle du Synode, c’est l’année de la miséricorde, comme une route ouverte et à ouvrir !

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1 Comment

  • Ce sont exactement les mêmes passages du discours du pape que j’avais relevés. Ils sont dans la continuité du discours de clôture de la première session de ce synode sur la famille. Avec d’autres extraits, ils me donnent une grande espérance pour notre Église. Ils appellent à une profonde conversion de nos regards et de nos cœurs. A la veille de l’ouverture de l’année de la Miséricorde, quel bonheur, quelle joie pour moi, membre de la communauté Tabgha, de voir mon Église (peuple rassemblé) invitée à vivre une réelle compassion en Résurrection pour tout Homme, quelque soit son histoire, sa culture.
    Il y a une beauté (malgré la difficulté !) dans le souci de notre pape à impulser une évolution prenant en compte la diversité des cultures et à maintenir l’unité du corps. C’est sans doute là toute la richesse d’un fonctionnement synodale qui n’a rien, ni d’une démocratie, ni d’un consensus mou.
    A ce sujet on peut relire le discours du pape en date du Samedi 17 octobre 2015 à l’occasion du 50ième anniversaire de l’institution du synode des évêques. En voici quelques passages :
    « Le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir même dans ses contradictions, exige de l’Eglise le renforcement des synergies dans tous les domaines de sa mission. Le chemin de la synodalité est justement celui que Dieu attend de l’Eglise du troisième millénaire. » […] « Ce que le Seigneur nous demande, en un certain sens, est déjà pleinement contenu dans le mot ‘‘Synode’’. Marcher ensemble – Laïcs, Pasteurs, Evêque de Rome – est un concept facile à exprimer en paroles, mais pas si facile à mettre en pratique. » […] « Une Église synodale est une Église de l’écoute, avec la conscience qu’écouter « est plus qu’entendre ». C’est une écoute réciproque dans laquelle chacun a quelque chose à apprendre. Le peuple fidèle, le Collège épiscopal, l’Évêque de Rome, chacun à l’écoute des autres ; et tous à l’écoute de l’Esprit Saint, l’« Esprit de Vérité » (Jn 14, 17), pour savoir ce qu’il dit aux Églises (Ap 2, 7). » […] « Je suis persuadé que, dans une Église synodale, même l’exercice du primat pétrinien pourra recevoir une plus grande lumière. Le Pape ne se trouve pas, tout seul, au-dessus de l’Église, mais en elle comme baptisé parmi les baptisés et dans le Collège épiscopal comme évêque parmi les évêques, appelé en même temps – comme Successeur de l’apôtre Pierre – à guider l’Église de Rome qui préside dans l’amour toutes les Églises. »

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Tenter de trouver avec notre prochain un terrain commun d’humanité
« Puissions-nous en ces moments entendre l’invitation de Dieu à prendre soin de ce monde, à en faire, là où nous vivons, un monde plus chaleureux, plus humain, plus fraternel. Un temps de rencontre, avec des proches, des amis : un moment pour prendre le temps de vivre quelque chose ensemble. Un moment pour être attentif aux autres, quels qu’ils soient. Un temps de partage de notre amitié, de notre joie. [...] Un temps de prière, aussi : attentifs à ce qui se passera dans notre monde à ce moment- là. Prions pour ceux qui en ont le plus besoin, pour la paix, pour un meilleur vivre-ensemble. »
Père Jacques Hamel
dans le bulletin paroissial de l’église Saint-Étienne, en juin, avant son assassinat
La compassion est en train de quitter notre monde

" "A ceux qui se demandent quel sorte de manque ronge silencieusement nos sociétés, il faut répondre : la compassion. Cette sollicitude spontanée que les bouddhistes appellent la maitrise et qui est assez proche, au fond, de l'agapê des chrétiens.
Aujourd'hui, on a beau prendre la réalité contemporaine par tous les bouts, une évidence crève les yeux : la compassion est en train de quitter notre monde. A petits pas. Insidieusement. Or, avec la compassion, c'est le bonheur de vivre qui s'en va. Disons même la gaieté.
Nos rires deviennent tristes. Notre sérieux est navrant. Nos prudences sont moroses. Nos "fêtes" sont sans lendemain. Nos plaisirs sont boulimiques et plutôt enfantins. Tout se passe comme si la frénésie jouisseuse de l'époque cachait une sécheresse de cœur et une stérilité de l'esprit.
La gaieté véritable, celle que nous sommes en train de perdre, c'est celle de l'aube, des printemps, des projets. Elle se caractérise par une impatience du lendemain, par des rêves de fondation, par des curiosités ou des colères véritables : celles qui nous "engagent".
Cette vitalité joyeuse ne doit pas être abandonnée à la contrebande des amuseurs médiatiques ou des clowns politiciens."

Paroles partagées par Jean-Claude Guillebaud en conférence en 2015 à Briec-de-l'Odet (29).