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La prière : qui exauce qui ?

priereVoici un extrait d’une belle réflexion d’André Gounelle, pasteur et théologien protestant, sur la Prière. Dans son article, il réfléchit sur la question de la question de l’exaucement de la prière.
Nos prières sont-elles entendues, ont-elles des conséquences effectives, changent-elles quelque chose au cours des événements? Dieu en tient-il compte?
Dans l’Antiquité païenne, qu’une divinité accorde ce qu’on lui demande apparaît comme un test de sa puissance, mais aussi comme le signe que le fidèle a fait ce qu’il fallait, qu’il a su gagner et mériter ses faveurs, et la prière prend parfois, dans cette perspective, l’allure d’un marchandage.
Dans le monde biblique, depuis Job jusqu’à Jésus, prédomine une confiance « paradoxale » en l’amour de Dieu, paradoxale en ce sens que cette confiance se manifeste alors même que les malheurs et les souffrances s’abattent sur le croyant et que sa situation ne s’améliore pas. On croit, on prie malgré ce que l’on constate, en dépit de ce qui arrive, avec la certitude ou l’espérance qu’on ne le fait pas en vain.
Quel effet a donc la prière? Quel exaucement est-elle en droit d’attendre? André Gounelle propose quatre grandes thèses. Nous vous invitons à découvrir la quatrième

4. LA PRIÈRE EXAUCE DIEU.
J’en arrive à la quatrième thèse qui renverse ou retourne les termes dans lesquels généralement on pose le problème. Elle estime, en effet, que dans la prière Dieu n’est pas celui exauce, mais celui qui est exaucé ; non pas celui qui nous écoute, mais celui qui nous parle ; non pas celui à qui nous demandons quelque chose, mais celui qui nous sollicite. Selon une parole de l’Apocalypse, Dieu se tient à la porte, à la porte de notre cœur, de notre vie, de notre monde et il frappe, il veut pénétrer dans notre existence. Quand nous prions, nous entendons sa voix, nous répondons à son appel, nous lui ouvrons la porte, et nous le faisons entrer.

Wilfred Monod, qui a beaucoup marqué le protestantisme français durant la première moitié du 20ème siècle, a mieux que quiconque soutenu et développé cette thèse, que l’on rencontre aussi, sous une forme différente, dans la théologie américaine du Process. Selon Monod, contrairement à ce que pensent les calvinistes, la souveraineté et la toute puissance ne caractérisent pas le Dieu biblique. Il ne ressemble pas à un monarque absolu qui impose, ou pourrait imposer, à tous sa volonté souveraine. Il apparaît démuni, incapable de se faire respecter, continuellement bafoué. Il va d’échec en échec. Il crée Adam et Eve, Caïn et Abel qui immédiatement lui désobéissent. Il se choisit un peuple, celui d’Israël, et ce peuple ne cesse de se révolter contre lui et de se détourner de lui. Il envoie son Fils, Jésus Christ, et les hommes l’arrêtent, le condamnent et le crucifient. Il suscite une Église, et cette Église défigure et trahit l’évangile par ses comportements. Sur cette terre, y compris parmi les croyants, le diable règne, il a vaincu Dieu. Mais sa défaite et sa faiblesse font aussi sa grandeur et sa noblesse. « Ce Dieu vaincu, écrit Monod, est celui qui parle à mon cœur. Je ne pourrais pas adorer une divinité qui serait responsable du monde actuel ». Que penser, en effet, d’un Dieu qui aurait la possibilité d’arrêter les catastrophes, les épidémies, les famines et les guerres et qui les laisserait aller leur cours? Comment aimer un Dieu qui pourrait guérir la maladie mortelle d’un enfant et qui ne le ferait pas, parce qu’aucune prière ne le lui a demandé ? Ce Dieu omnipotent, omniscient serait aussi, dit Monod, un Dieu « omnivore », sanglant et cruel, un monstre épouvantable.

Mais, objectera-t-on, peut-on croire en un Dieu vaincu ? Peut-on mettre son espoir et sa confiance en lui ? Peut-on le servir et l’adorer ? Oui, répond Monod, parce que Dieu ne se résigne pas, n’accepte pas sa défaite, ne consent pas à son impuissance, et n’abandonne pas la partie. Le Dieu biblique travaille et lutte pour transformer la réalité. Il s’efforce d’expulser les démons qui font le malheur de l’humanité et la mènent à sa perte. Dieu cherche à établir sur terre son règne de justice et d’amour. Il ne gouverne pas aujourd’hui le monde, mais il s’emploie à le conquérir, entreprise pénible et laborieuse. Pour reprendre un mot célèbre, il a perdu une bataille, mais pas la guerre, et il n’a pas renoncé à l’emporter.

Dans ce combat de Dieu, qui tente de s’infiltrer dans le monde pour le transformer, la prière joue un rôle décisif. Elle est un des lieux de la venue de Dieu ; on peut la comparer à une tête de pont à partir de laquelle il va agir, d’abord en transformant celui qui prie, en chassant de son cœur l’égoïsme et la haine, en y installant l’amour et le dévouement, ensuite en le mobilisant et en le mettant au travail pour changer les choses, en faisant de lui un ouvrier et un soldat de son Royaume. En priant, j’introduis Dieu dans ma vie et dans le monde, et je lui donne les outils et les armes dont il a besoin. Ce n’est pas lui qui m’exauce, c’est moi qui l’exauce, qui répond positivement à sa prière, qui lui donne ce qu’il demande.

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Qui est André Gounelle ?

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Tenter de trouver avec notre prochain un terrain commun d’humanité
« Puissions-nous en ces moments entendre l’invitation de Dieu à prendre soin de ce monde, à en faire, là où nous vivons, un monde plus chaleureux, plus humain, plus fraternel. Un temps de rencontre, avec des proches, des amis : un moment pour prendre le temps de vivre quelque chose ensemble. Un moment pour être attentif aux autres, quels qu’ils soient. Un temps de partage de notre amitié, de notre joie. [...] Un temps de prière, aussi : attentifs à ce qui se passera dans notre monde à ce moment- là. Prions pour ceux qui en ont le plus besoin, pour la paix, pour un meilleur vivre-ensemble. »
Père Jacques Hamel
dans le bulletin paroissial de l’église Saint-Étienne, en juin, avant son assassinat
La compassion est en train de quitter notre monde

" "A ceux qui se demandent quel sorte de manque ronge silencieusement nos sociétés, il faut répondre : la compassion. Cette sollicitude spontanée que les bouddhistes appellent la maitrise et qui est assez proche, au fond, de l'agapê des chrétiens.
Aujourd'hui, on a beau prendre la réalité contemporaine par tous les bouts, une évidence crève les yeux : la compassion est en train de quitter notre monde. A petits pas. Insidieusement. Or, avec la compassion, c'est le bonheur de vivre qui s'en va. Disons même la gaieté.
Nos rires deviennent tristes. Notre sérieux est navrant. Nos prudences sont moroses. Nos "fêtes" sont sans lendemain. Nos plaisirs sont boulimiques et plutôt enfantins. Tout se passe comme si la frénésie jouisseuse de l'époque cachait une sécheresse de cœur et une stérilité de l'esprit.
La gaieté véritable, celle que nous sommes en train de perdre, c'est celle de l'aube, des printemps, des projets. Elle se caractérise par une impatience du lendemain, par des rêves de fondation, par des curiosités ou des colères véritables : celles qui nous "engagent".
Cette vitalité joyeuse ne doit pas être abandonnée à la contrebande des amuseurs médiatiques ou des clowns politiciens."

Paroles partagées par Jean-Claude Guillebaud en conférence en 2015 à Briec-de-l'Odet (29).