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Le complexe d’Elie, ou comment lier Evangile et engagement politique…

marion-collardMarion Muller-Colard, pasteur théologienne protestante, ancien aumônier d’hôpital, vient de sortir son dernier livre « le complexe d’Elie ». Un petit bijou de 180 pages tout en profondeur, plein d’humour et de fraîcheur, intimiste parfois, que je viens de lire ce WE.
Belle et heureuse manière de nous réconcilier avec le mot « politique » qui peut faire tant peur à certains. Je vous recommande son ouvrage.
Sa rencontre avec Jo Spiegel, maire de Kingersheim, un fervent défenseur d’une vraie démocratie participative dans sa petite ville ville de 13000 habitants, a modifié son regard sur la politique et sur sa propre vie.
« Ce qui m’a fascinée dans nos échanges avec Jo, ce sont les analogies entre les maladies de la foi et les maladies de la vie politique. J’entends, dans ma lecture de la Bible, un Dieu qui partage avec nous le pouvoir, qui nous en croit dignes, qui nous désire responsables et je nous vois préférer construire une Église qui invente des dogmes, des hiérarchies, des spécialistes…
Tout un système qui, comme sur la scène politique, permet à ceux qui jouissent du pouvoir de jouir tant qu’ils peuvent, et à ceux qui, comme moi, souffrent du complexe d’Élie de se défausser. Il n’y a pas plus de spécialistes de Dieu que de spécialistes de la « fragilité des affaires humaines ». Ce sont de grandes affaires qui ne s’abordent qu’à plusieurs. Tous les plusieurs… »
(voir ci dessous – en savoir plus– son interview dans Réforme).
C’est une « bonne » et passionnante lecture pour l’été qui approche …!
Voici l’analyse qu’en fait Bernard Ginisty, sur le site « Garrigues et sentiers ».
Xavier

Marion Muller-Colard, écrivain et théologienne protestante, nous avait donné, l’an dernier, un ouvrage, dans lequel elle disait son chemin vers « ce Dieu que je renonce à emprisonner dans mes théologies. Et je lui rends grâce aujourd’hui d’avoir ouvert à tous les vents l’enclos de ma vie – de m’avoir fait prendre le risque de vivre ».
Son nouvel ouvrage est le fruit de sa rencontre avec Jo Spiegel, maire de Kingersheim, commune de 13 000 habitants près de Mulhouse : « Jo Spiegel est venu me chercher à l’endroit de ma lassitude. J’entendais parler de lui, un « homme politique » dont on me disait essentiellement du bien, et tous mes marqueurs de méfiance et de cynisme étaient en alerte. Lorsqu’il a pris l’initiative de notre premier contact, au téléphone, il a pleuré. Il était dans la fragilité, il cherchait ses mots. Je n’avais pas un homme providentiel de plus devant moi. J’avais juste un homme qui assumait son tâtonnement, son émotion, sa fragilité. Et cela dessinait déjà une toute autre image de la politique ».
Ayant choisi de vivre avec sa famille à l’écart du monde, dans une maison de moyenne montagne au milieu de la forêt, cette rencontre confronte Marion Muller-Colard à la vérité du propos d’Hannah Arendt selon laquelle une vie n’est humaine que si elle est politique. Jo Spiegel « veut donner de la place à la transcendance dans la politique » pour sortir des comportements infantiles : « Tant que la démocratie est infantile, il ne faut pas s’étonner que le monde politique soit régi par les mêmes lois que les cours de récréation ». Et en écho, Marion Muller-Colard remarque : « Tant que la religion est infantile, il ne faut pas s’étonner que nos églises, parfois, ressemblent à des cours de récréation ».
Le point commun à la démarche de la théologienne et de l’homme politique, c’est l’appel à la responsabilité. Le maire, qui déplore que « le système politique d’aujourd’hui ouvre des boulevards d’a-responsabilité » a lancé depuis 2004 les états généraux permanents de la démocratie qui inauguraient la construction de la maison de la citoyenneté et la mise en place de conseils participatifs. Pour la théologienne, « Jésus entre en scène au moment ou l’ingurgitation systématique de la loi étouffe le désir. Jésus arrive et ne cesse d’arriver aux endroits où l’humanité se bétonne dans la rigidité de la loi. Son projet : empêcher que nous nous mettions en pilotage automatique. Réinjecter de la relation, nous éviter de nous transformer en robots religieux. Éviter qu’on aille au culte ou à la messe comme on va voter les dimanches d’élection. On glisse son petit billet de bonne conscience et on se sent quitte ».
C’est cette ouverture permanente à l’autre qui peut éviter l’enlisement des institutions qui prétendent servir la vie citoyenne et la vie spirituelle. Marion Muller-Colard donne la clé de leur renouveau lorsqu’elle écrit : « Tout l’art, en évangile et en politique consiste à décloisonner. Pour cela, il faut accepter de parapher le seul et unique contrat qui nous accompagne en venant au monde : celui de l’intranquillité permanente. Et qu’est-ce qui nous voue à l’intranquillité permanente ? L’autre. L’autre vraiment autre. Pas celui avec qui je bricole une mythologie commune, mais celui qui me raconte une autre histoire. Pas celui qui me conforte, mais celui qui me dérange ».
Cette intranquillité dit nos insuffisances. Pour Emmanuel Levinas, seul un être vulnérable peut aimer son prochain. S’adressant à son ami Jo, Marion lui dit « Qui est attentif à son insuffisance sera naturellement attentif, dans les rencontres, à celui qui pourra venir le compléter, l’étonner, le dérouter, l’enseigner. C’est bien cela, n’est-ce-pas, que tu appelles le rapport modeste au pouvoir » ?
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Bernard Ginisty


jo_spiegelLors de sa participation, en 2015, à l’université d’été des Amis du magazine La Vie, Jo Spiegel a répondu aux questions suivantes :
Dans votre commune, vous avez supprimé les inaugurations officielles et les réunions de quartier. Vous tirez au sort les étudiants que vous embauchez pour l’été. Vous avez également refusé la légion d’honneur. Pourquoi ?
Retrouver la promesse démocratique, c’est d’abord une attitude et un être à l’autre. Pour beaucoup de nos concitoyens, les élus sont dans le hors-sol ou dans l’entre-soi. Dans la société, il y a une soif d’égalité de plus en plus grande. Les élus doivent changer de paradigme et de comportement. Ils doivent être humbles, simples et modestes. Ça ne coûte rien.

Pour vous, quel est le rôle d’un élu local ?
Le maire doit, bien-sûr, gérer l’argent public et créer des équipements. Le maire est aussi un animateur du débat public, un ouvrier du mieux vivre ensemble. Aujourd’hui, en France, nous sommes dans la délégation permanente du pouvoir. Nous sommes dans une forme d’assistanat civique. Dans ma commune, j’essaye d’associer les habitants aux décisions que nous devons prendre. Embarquer les gens dans un tel cheminement, c’est faire grandir la société. Nous créons de l’intelligence collective. La démocratie exigeante est l’antidote de la démagogie et du populisme.
Nous ne sommes pas face-à-face mais côte-à-côte. Nous sommes dans de la coproduction. Je pense que l’utopie d’un monde meilleur doit se traduire dans la citoyenneté et la politique.

Quels changements observez-vous dans la durée ? Les électeurs se rendent-ils davantage aux urnes ? Et quid du vote FN ?
À Kingersheim, aujourd’hui, les abstentionnistes sont aussi nombreux qu’ailleurs. De même pour le vote frontiste. Cela m’interpelle. Mais il faut donner du temps au temps. Nous inscrivons notre travail dans la durée. La confiance des habitants est évidente. Nous avons également progressé en terme de qualité démocratique. Autrefois, notre commune était une ville dortoir. Désormais, elle est synonyme d’éducation, de culture et de démocratie. Beaucoup de municipalités nous interrogent ou viennent nous voir. Nous avons encore beaucoup de travail. Car nous n’avons pas touché assez de monde. Prochainement, nous allons lancer l’agora 2015-2020, une sorte d’assemblée hybride qui anime les consultations démocratiques.
(Propos recueillis par Céline Tissot et Paul-Luc Monnier).

En savoir plus :
– dans Réforme, bel interview de Marion Muller-Colard : « Mettre de la transcendance dans le politique »
le commentaire du journal La Croix
l’analyse de l’hebdomadaire La Vie
acheter le livre
– site « Garrigues et sentiers »

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Tenter de trouver avec notre prochain un terrain commun d’humanité
« Puissions-nous en ces moments entendre l’invitation de Dieu à prendre soin de ce monde, à en faire, là où nous vivons, un monde plus chaleureux, plus humain, plus fraternel. Un temps de rencontre, avec des proches, des amis : un moment pour prendre le temps de vivre quelque chose ensemble. Un moment pour être attentif aux autres, quels qu’ils soient. Un temps de partage de notre amitié, de notre joie. [...] Un temps de prière, aussi : attentifs à ce qui se passera dans notre monde à ce moment- là. Prions pour ceux qui en ont le plus besoin, pour la paix, pour un meilleur vivre-ensemble. »
Père Jacques Hamel
dans le bulletin paroissial de l’église Saint-Étienne, en juin, avant son assassinat
La compassion est en train de quitter notre monde

" "A ceux qui se demandent quel sorte de manque ronge silencieusement nos sociétés, il faut répondre : la compassion. Cette sollicitude spontanée que les bouddhistes appellent la maitri et qui est assez proche, au fond, de l'agapê des chrétiens.
Aujourd'hui, on a beau prendre la réalité contemporaine par tous les bouts, une évidence crève les yeux : la compassion est en train de quitter notre monde. A petits pas. Insidieusement. Or, avec la compassion, c'est le bonheur de vivre qui s'en va. Disons même la gaieté.
Nos rires deviennent tristes. Notre sérieux est navrant. Nos prudences sont moroses. Nos "fêtes" sont sans lendemain. Nos plaisirs sont boulimiques et plutôt enfantins. Tout se passe comme si la frénésie jouisseuse de l'époque cachait une sécheresse de cœur et une stérilité de l'esprit.
La gaieté véritable, celle que nous sommes en train de perdre, c'est celle de l'aube, des printemps, des projets. Elle se caractérise par une impatience du lendemain, par des rêves de fondation, par des curiosités ou des colères véritables : celles qui nous "engagent".
Cette vitalité joyeuse ne doit pas être abandonnée à la contrebande des amuseurs médiatiques ou des clowns politiciens."

Paroles partagées par Jean-Claude Guillebaud en conférence en 2015 à Briec-de-l'Odet (29).