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Liturgie

5d5c5b248b65a5d1a9b09d19c05d378bUne chose m’interroge beaucoup dans les événements récents de Paris ou plutôt dans ce qui s’est passé les jours suivants: c’est tout l’aspect rituel et liturgique des réactions.
Je n’ai vu aucune réaction, aucun article et aucun commentaire à ce sujet.

Tout d’abord, le « mémorial » des vies sacrifiées au nom de la liberté et de la démocratie. Toutes ces personnes sont des « icônes ». Le dernier post concernant Hélène Muyal-Leiris, nous remémorait sa joie de vivre, sa jeunesse, son amour pour les siens et celui des siens pour elle.
« Sacrifice » ai-je écrit… quelque part, oui, même si elle ne l’a pas voulu. En son nom, les siens ont donné du sens à sa mort. Tout comme les autres victimes, « elle n’est pas morte pour rien » : elle a appelé chacun, s’il se situe dans sa conscience profonde, dans une relecture et réponse d’amour plus que de violence, de don plus que d’individualisme, d’altruisme plus que de repli sur soi.

Ensuite, la « communion » de ceux qui veulent célébrer ce « mémorial ». De grands rassemblements ont eu lieu au quatre coins du monde. Cette unité proclamait que, tous âges confondus, dans un mélange de races, de pays, de couleurs, chacun « entendait dans sa langue » les paroles de Paix, les appels au respect de l’autre dans sa différence, les invitations à la solidarité, à la nécessité de l’Amour plus fort que la haine…

0 fb-759Puis les moyens pour cette « célébration » : recueillement, fleurs, lumignons divers, « processions », minutes de silence, repas fraternels et pots partagés, jusqu’à ce controversé « Pray for Paris » (prions pour Paris …
Car voici des foules, qui « errent comme des brebis sans berger » qui donnent sens à ce qui se passe, le célèbrent « liturgiquement » à leur manière, spontanément, et créent leur propre « religion » de l’instant avec beaucoup de profondeur, de vérité, de beauté … Il y a comme un fond commun qui vient de loin, réveillé par ces atroces événements, qui interroge chacun sur la Vie, la Mort, la Violence, le Sens de l’existence…
Ce besoin de religion est là, latent, au cœur des populations assoiffées de connaitre des raisons de vivre belles, bonnes, ouvertes sur le monde et qui ne demandent qu’à fleurir.
Que disent les Eglises pour dépasser cette religiosité, et montrer Le Berger ? Que dis-je, que disons-nous, nous les croyants, pour, non pas « donner des réponses » : il n’y en pas, à part le silence compassionnel et proche de ceux qui interrogent, souffrent et pleurent. Mais proposer du Sens, ouvrir à l’Espérance, comprendre ces pierres d’attente pour appeler et ouvrir à la Transcendance ?
Comment se fait-il que l’ Eglise catholique, (et les autres Eglises sans doute), en dehors des paroles de compassion des responsables, des prières universelles qui n’invitent guère à l’engagement personnel, ou à part quelques envolées de cloches funèbres, ne sache pas appeler, non seulement les chrétiens mais aussi les concitoyens, à une lecture et une ouverture « religieuse », à une liturgie adaptée de ces événements ?
ob_21b16c_attentats-parisQue disons-nous et faisons-nous pour bâtir la paix dans nos cités, nos immeubles, nos rues et nos villages ? Pour développer le bien commun pour tous en ne laissant personne sur la touche sous peine d’induire le rejet, la haine, la revanche ?
Avons-nous des mots qui ne tuent pas, ne blessent pas, ne cataloguent pas, n’enferment pas ?
Prêtons-nous le flanc à la miséricorde ou à la haine ? Savons-nous faire silence quand il faut se taire et parler quand il faut dire ?
En un mot, appelons-nous à l’Amour inconditionnel ? A la fraternité tolérante ? A l’écoute de la Vérité en chacun ?
Pour ma part, je me réjouis de tous ces mouvements et ces « célébrations » spontanées. Le Christ ne peut être enfermé dans les églises et les « belles célébrations » souvent sans âme.
Ces réactions nous montrent combien il est là, présent au cœur de chacun, croyant ou incroyant, athée ou pas, chrétien ou musulman : Nous sommes pétris de la même humanité.
N’est-ce pas là qu’est la véritable Eglise ? Dans cette humanité rassemblée ((Ekklésia) porteuse de semences christiques en chacun …
Les Eglises, (notre Eglise – ekklesia) ne sont que la préfiguration, le « sacrement » , le moyen de réaliser dans l’unité cette Ekklésia » universelle . Certains en font partie : qu’ils montrent le chemin d’unité, de fraternité pour y arriver.
Soyons déjà dans nos églises et communautés locales les célébrants de cette Eglise universelle.
Xavier

Vos commentaires sont les bienvenus

1 Comment

  • Xavier, merci pour cette belle réflexion.

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Tenter de trouver avec notre prochain un terrain commun d’humanité
« Puissions-nous en ces moments entendre l’invitation de Dieu à prendre soin de ce monde, à en faire, là où nous vivons, un monde plus chaleureux, plus humain, plus fraternel. Un temps de rencontre, avec des proches, des amis : un moment pour prendre le temps de vivre quelque chose ensemble. Un moment pour être attentif aux autres, quels qu’ils soient. Un temps de partage de notre amitié, de notre joie. [...] Un temps de prière, aussi : attentifs à ce qui se passera dans notre monde à ce moment- là. Prions pour ceux qui en ont le plus besoin, pour la paix, pour un meilleur vivre-ensemble. »
Père Jacques Hamel
dans le bulletin paroissial de l’église Saint-Étienne, en juin, avant son assassinat
La compassion est en train de quitter notre monde

" "A ceux qui se demandent quel sorte de manque ronge silencieusement nos sociétés, il faut répondre : la compassion. Cette sollicitude spontanée que les bouddhistes appellent la maitrise et qui est assez proche, au fond, de l'agapê des chrétiens.
Aujourd'hui, on a beau prendre la réalité contemporaine par tous les bouts, une évidence crève les yeux : la compassion est en train de quitter notre monde. A petits pas. Insidieusement. Or, avec la compassion, c'est le bonheur de vivre qui s'en va. Disons même la gaieté.
Nos rires deviennent tristes. Notre sérieux est navrant. Nos prudences sont moroses. Nos "fêtes" sont sans lendemain. Nos plaisirs sont boulimiques et plutôt enfantins. Tout se passe comme si la frénésie jouisseuse de l'époque cachait une sécheresse de cœur et une stérilité de l'esprit.
La gaieté véritable, celle que nous sommes en train de perdre, c'est celle de l'aube, des printemps, des projets. Elle se caractérise par une impatience du lendemain, par des rêves de fondation, par des curiosités ou des colères véritables : celles qui nous "engagent".
Cette vitalité joyeuse ne doit pas être abandonnée à la contrebande des amuseurs médiatiques ou des clowns politiciens."

Paroles partagées par Jean-Claude Guillebaud en conférence en 2015 à Briec-de-l'Odet (29).