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Loin des murs de barbelés dont se hérisse l’Europe, l’élan de solidarité du peuple grec

peuple-grecVoici une scène de la vie quotidienne des grecs qui, face aux migrants, s’organisent seuls en urgence pour leur apporter vivres, vêtements, soins, médicaments, alors que les portes de l’Union européenne se ferment les unes après les autres sur la route des réfugiés. Belle leçon d’humanité d’un peuple déjà bien éprouvé.
Non la solidarité n’est pas morte et leur exemple nous invitent à faire de même dans nos quartiers.
Cet article se trouve dans le journal « L »humanité »


Place Victoria, sur des couvertures à même le sol, les familles de réfugiés tentent de reconstituer un espace privé autour des nombreux enfants en bas âge. Dans un buisson, des petites filles font la garde autour de la plus jeune, qui essaie de faire pipi discrètement. Au moins, il ne pleut pas mais les adultes sont inquiets : l’un après l’autre, les pays européens excluent les Afghans de la liste des réfugiés admis. Des vieilles dames du quartier interrompent leur causette du soir pour donner des bonbons aux enfants qui courent partout, tandis que des particuliers apportent des sacs d’habits et de chaussures. « Tant de misère humaine nous rend malades, à voir les bébés et les vieillards dans le froid, s’indigne Vassiliki, l’une d’elles. Hier, deux jeunes Afghans se sont pendus pour ne pas être renvoyés dans leur pays où ils risquaient la mort après un voyage qui leur avait coûté tout ce qu’ils avaient. Nous avons appelé les secours, j’espère qu’ils sont encore vivants, mais ils n’ont nulle part où aller ! »
« Nous faisons ce que nous pouvons mais ça empire de jour en jour »

Non loin, autour d’un banc public improvisé en dispensaire, deux files se sont formées : secondées d’un interprète, une généraliste et une pédiatre officient sous un réverbère devant une valise de médicaments. Des volontaires essaient de maintenir l’ordre dans la queue. L’urgence ne leur permet pas les confidences : « Nous venons ici tous les jours, pour aider. Nous ne sommes pas organisés en structure, ni affiliés à une ONG. »

Au Pirée, sur un quai éloigné du centre-ville, 3 500 personnes en provenance des îles sont abritées dans des entrepôts. La nourriture, l’eau sont insuffisantes. Les gens sont épuisés, seuls les petits jouent entre les cartons isolant du froid les couvertures marquées UNHCR. Matina, qui nettoie depuis des années ce terminal, en a les larmes aux yeux : « Nous faisons ce que nous pouvons mais ça empire de jour en jour. » Vendredi, des collégiens du faubourg voisin sont venus en cars partager jeux et dessins avec les enfants réfugiés. Depuis des mois, ce sont les habitants riverains, répondant aux invitations des associations solidaires, qui essaient de pallier les besoins créés par l’afflux de milliers de gens dépourvus de tout. Ainsi les voitures se succèdent devant la cantine tenue par des cuisiniers solidaires venus de Suisse. Les gens y déchargent des sacs de vivres, des couches, du lait pour enfants et des vêtements, aussitôt rangés pour être distribués.

Même défilé devant l’ancien aéroport d’Elliniko, qui abrite 2 000 réfugiés. Dans cet élan quotidien de solidarité, les réseaux sociaux relaient les appels et préviennent des urgences longtemps avant les télévisions et les radios. Points virtuels de ralliement, des pages Facebook, comme RefugeesWelcome GR, coordonnent l’arrivée des convois de vivres en les guidant par téléphone en fonction des besoins.

Ainsi les cantines solidaires essaiment spontanément en province. À Kozani, s’est organisé, en trois heures, l’accueil de 400 réfugiés dans un gymnase, avec cantine, dispensaire et point-biberon. Dans les villes du pays, à l’écart du trajet des demandeurs d’asile, des collectes se sont improvisées à nouveau ce week-end, à Patras, Corinthe, Sparte. Avant les rencontres locales de football, les stades municipaux rassemblent les dons. Akis, un habitant du Pirée, résume ainsi cet élan d’empathie : « Nous aussi nous avons des enfants. Comment résister à ces regards ? Nous sommes tous des êtres humains. »

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Tenter de trouver avec notre prochain un terrain commun d’humanité
« Puissions-nous en ces moments entendre l’invitation de Dieu à prendre soin de ce monde, à en faire, là où nous vivons, un monde plus chaleureux, plus humain, plus fraternel. Un temps de rencontre, avec des proches, des amis : un moment pour prendre le temps de vivre quelque chose ensemble. Un moment pour être attentif aux autres, quels qu’ils soient. Un temps de partage de notre amitié, de notre joie. [...] Un temps de prière, aussi : attentifs à ce qui se passera dans notre monde à ce moment- là. Prions pour ceux qui en ont le plus besoin, pour la paix, pour un meilleur vivre-ensemble. »
Père Jacques Hamel
dans le bulletin paroissial de l’église Saint-Étienne, en juin, avant son assassinat
La compassion est en train de quitter notre monde

" "A ceux qui se demandent quel sorte de manque ronge silencieusement nos sociétés, il faut répondre : la compassion. Cette sollicitude spontanée que les bouddhistes appellent la maitrise et qui est assez proche, au fond, de l'agapê des chrétiens.
Aujourd'hui, on a beau prendre la réalité contemporaine par tous les bouts, une évidence crève les yeux : la compassion est en train de quitter notre monde. A petits pas. Insidieusement. Or, avec la compassion, c'est le bonheur de vivre qui s'en va. Disons même la gaieté.
Nos rires deviennent tristes. Notre sérieux est navrant. Nos prudences sont moroses. Nos "fêtes" sont sans lendemain. Nos plaisirs sont boulimiques et plutôt enfantins. Tout se passe comme si la frénésie jouisseuse de l'époque cachait une sécheresse de cœur et une stérilité de l'esprit.
La gaieté véritable, celle que nous sommes en train de perdre, c'est celle de l'aube, des printemps, des projets. Elle se caractérise par une impatience du lendemain, par des rêves de fondation, par des curiosités ou des colères véritables : celles qui nous "engagent".
Cette vitalité joyeuse ne doit pas être abandonnée à la contrebande des amuseurs médiatiques ou des clowns politiciens."

Paroles partagées par Jean-Claude Guillebaud en conférence en 2015 à Briec-de-l'Odet (29).