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Nourrir une culture de l’hospitalité, un enjeu éthique et de foi

naufrage-migrantsD’après le HCR, 700 migrants morts en une semaine au large de la Libye.
Ci-dessous, une vidéo montrant un naufrage de migrants en Méditerranée. Si ce n’était révoltant de voir tous ces hommes et ces femmes luttant pour garder la tête hors de l’eau ça deviendrait presqu’une banalité.
Ce bref reportage nous montre l’horreur de la situation.
400 migrants y ont perdu la vie. Ils étaient à bord d’un bateau sans moteur, remorqué à l’aide d’une corde par une autre embarcation. Mais dès qu’il a pris l’eau, un passeur a coupé la corde, ce qui l’a fait couler très rapidement. Selon les survivants, 300 personnes étaient enfermées dans la cale. Parallèlement, près de 14 000 migrants ont été secourus en une semaine. Originaires, pour la plupart, du Nigeria, de la Gambie et de la Somalie.



Faut-il en arriver à ce « voyeurisme » pour prendre conscience de la gravité des faits ? il semble que oui pour toucher, un tant soit peu, la sensibilité des personnes. Pour autant on ne peut en rester là. Il y a à « argumenter » les raisons de venir en aide à ces déplacés.

« Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »
Nous pourrions invoquer les raisons qui sont de notre responsabilité :
– les réfugiés climatiques qui fuient des zones désormais inondables régulièrement ou des terrains et des sources salinisées par la montées des eaux. Ils font, les premiers, les frais de nos modes de vies qui entraînent toujours plus de CO² dans l’atmosphère et réchauffe celle-ci
– les réfugiés pour cause de guerre dans leur pays, en particulier au Moyen Orient. On ne peut être fier de ces conflits que nous entretenons pour cause de pétrole et d’influence géostratégique.
– les réfugiés politiques qui fuitent des dictatures souvent imposées par l’Occident.
– les réfugiés économiques qui viennent en Europe suite au pillage de matières premières rares ou précieuses de leur pays, suite, aux problématiques de souveraineté alimentaire, d’accaparement des terres, … etc..
La liste est longue de nos méfaits. Toutes ces personnes préféreraient rester chez elles, en famille, plutôt que de se risquer sur des milliers de kms pour survivre et aider ceux qui restent, confrontés à la famine, à l’exploitation…
Pour ces « simples » raisons nous devons accueillir ceux que nous avons mis dans ces situations extrêmes et lutter contre ce trafic d’êtres humains.
Nous pouvons invoquer aussi l’Histoire de l’Humanité : depuis les temps les plus anciens et sur tous les continents les migrations font parties intégrantes du processus humain… à la différence ces dernières années, (l’avez-vous remarqué ?) que c’est peut-être la première fois que ces migrations se font de manière pacifique, sans armes et sans violence …
Mais prenons un peu de hauteur. Écoutons comment la Bible nous parle. C’est d’abord là que nous devons nous poser.

“Vous aimerez l’étranger, car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte.
Mgr Pontier affirmait « Il y a des pages de la Bible que l’on ne peut arracher » ( La Croix, 2 mai 2006).
abraham-et-les-3-voyageursDans l’Ancien testament, nous découvrons, en cette année de la Miséricorde dans Deut. 10:17-18 que  » Dieu, … fait droit à l’orphelin et à la veuve, il aime l’étranger et lui donne la nourriture et des vêtements.”
Et tout de suite après au verset 19 : “Vous aimerez l’étranger, car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte.”
Cet agir de compassion envers les personnes déplacées s’ancre dans la propre expérience d’Israël qui est invité à se souvenir et à mettre en pratique cette ouverture inconditionnelle pour « l’étranger »:
“Tu te souviendras que tu as été esclave en Egypte, et que l’Eternel, ton Dieu, t’a racheté ; c’est pourquoi je te donne ces commandements à mettre en pratique. Quand tu moissonneras ton champ, et que tu auras oublié une gerbe dans le champ, tu ne retourneras point la prendre : elle sera pour l’étranger, pour l’orphelin et pour la veuve, afin que l’Eternel, ton Dieu, te bénisse dans tout le travail de tes mains. Quand tu secoueras tes oliviers, tu ne cueilleras point ensuite les fruits restés aux branches : ils seront pour l’étranger, pour l’orphelin et pour la veuve.”Deut. 24:18-20
Cette justice ou cet « ajustement » pour tous, en particulier pour les réfugiés, fait partie intégrante de l’enseignement de l’Ancien Testament. On ne finirait pas de relever toutes les occurrences où il est question de la nécessaire hospitalité à porter à l’étranger.
Mentionnons tout particulièrement le très beau livre de Ruth, qui raconte comment une étrangère Moabite a été intégrée par son mariage avec Booz à Israël, et qui plaide tout en finesse pour une ouverture universaliste.

« N’oubliez pas l’hospitalité; car en l’exerçant, quelques-uns ont logé des anges, sans le savoir.  »
Dans le Nouveau Testament, en particulier dans les Évangiles de Luc, nous découvrons que Jésus lui-même était un réfugié : ses parents ont du fuir le tyran Hérode pour se mettre à l’abri.
Il ira vers les étrangers (Tyr, Sidon). L’épisode de la Samaritaine en Jean illustre bien une nouvelle conception du rapport à l’étranger : Dieu désormais « ne fait acception de personne »». Désormais « Il n’y a plus ni Grec ni Juif, […] ni barbare ni Scythe » écrira St Paul. (Col 3,11.) dans Éphésiens 13/19 Il affirme « Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors ; mais vous êtes concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu.”
D’emblée il nous déplace en affirmant qu’au delà des situations physiques ou sociales des migrants nous somme invités à penser d’une manière intérieure et spirituelle leur/notre « voyage ».
Dans la première épître de Pierre en 2,11, celui-ci nous invite à vivre comme des « exilés », ou des « gens de passage », des « étrangers ». Le système de valeurs et l’espérance de ceux à qui ils s’adressent sont ailleurs, comme pour Paul : dans une participation commune au « Royaume, à la « Jérusalem céleste ».
Mais au fait, ce Royaume, cette Jérusalem, n’est-ce pas ici et maintenant qu’il peuvent se vivre ?
N’est-ce pas aujourd’hui que nous sommes invités à ouvrir nos cœurs pour manifester notre compassion ? C’est tout le temps le moment opportun, le temps favorable, pour accueillir le don du Corps qui nous fait frères en Christ.
Xavier

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Tenter de trouver avec notre prochain un terrain commun d’humanité
« Puissions-nous en ces moments entendre l’invitation de Dieu à prendre soin de ce monde, à en faire, là où nous vivons, un monde plus chaleureux, plus humain, plus fraternel. Un temps de rencontre, avec des proches, des amis : un moment pour prendre le temps de vivre quelque chose ensemble. Un moment pour être attentif aux autres, quels qu’ils soient. Un temps de partage de notre amitié, de notre joie. [...] Un temps de prière, aussi : attentifs à ce qui se passera dans notre monde à ce moment- là. Prions pour ceux qui en ont le plus besoin, pour la paix, pour un meilleur vivre-ensemble. »
Père Jacques Hamel
dans le bulletin paroissial de l’église Saint-Étienne, en juin, avant son assassinat
La compassion est en train de quitter notre monde

" "A ceux qui se demandent quel sorte de manque ronge silencieusement nos sociétés, il faut répondre : la compassion. Cette sollicitude spontanée que les bouddhistes appellent la maitrise et qui est assez proche, au fond, de l'agapê des chrétiens.
Aujourd'hui, on a beau prendre la réalité contemporaine par tous les bouts, une évidence crève les yeux : la compassion est en train de quitter notre monde. A petits pas. Insidieusement. Or, avec la compassion, c'est le bonheur de vivre qui s'en va. Disons même la gaieté.
Nos rires deviennent tristes. Notre sérieux est navrant. Nos prudences sont moroses. Nos "fêtes" sont sans lendemain. Nos plaisirs sont boulimiques et plutôt enfantins. Tout se passe comme si la frénésie jouisseuse de l'époque cachait une sécheresse de cœur et une stérilité de l'esprit.
La gaieté véritable, celle que nous sommes en train de perdre, c'est celle de l'aube, des printemps, des projets. Elle se caractérise par une impatience du lendemain, par des rêves de fondation, par des curiosités ou des colères véritables : celles qui nous "engagent".
Cette vitalité joyeuse ne doit pas être abandonnée à la contrebande des amuseurs médiatiques ou des clowns politiciens."

Paroles partagées par Jean-Claude Guillebaud en conférence en 2015 à Briec-de-l'Odet (29).