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Vintimille : le drame des réfugiés nous interroge au regard du droit, de l’éthique et de notre conscience

557e9d4ac46188ef328b4585Oeuvre d’art ? Improvisation de théâtre ? Flashmob pour avertir de l’arrivée des martiens ? Non, tout simplement des migrants à Vintimille qui se protège de la pluie dans des couvertures de survie. Il s’agit quand même « d’extra-terrestres » qui improvisent une pièce douteuse où l’action qui se déroule concerne leur propre survie… Car il ne s’agit pas seulement d’exil économique : il s’agit surtout de sauver sa vie, d’échapper aux massacres ou à la prison. Ces ombres fantomatiques interpellent notre conscience et nous met mal à l’aise… Notre pays, la France, pays des droits de l’homme, a instauré un blocus pour les empêcher de passer et ce au mépris des règles européennes et du code des frontières de la convention Schengen. Au mépris aussi de la convention de Genève qui font obligation aux États signataires d’accueillir les réfugiés et d’organiser un droit d’asile. C’est une lourde faute faute morale et politique contre ces réfugiés éligibles à ce droit d’asile. En d’autres temps, nous savions accueillir des milliers de vietnamiens fuyant leur pays. Ils se sont bien insérés dans nos régions, surtout en Guyane. Ne serions-nous pas capables aujourd’hui d’accueillir quelques milliers  de réfugiés dans des régions complètement désertifiées comme la Creuse ou le Larzac, ne serait que pour revitaliser ces régions, redonner âme et vie aux écoles, aux commerces, aux campagnes de ces village qui se meurent ? … quelques milliers seulement quand la Turquie est débordée par 4 millions de migrants fuyants les horreurs de la guerre, lorsque Jordanie et Liban croulent sous le poids des nouveaux arrivants… dsc_0628_bisOui, mais voilà, Il y a des enjeux purement politiciens. Alors, fermons bien nos portes et créons de nouvelles frontières. L’enjeu est double. A un niveau européen, nous sommes en train  de vivre une véritable crise de gouvernance de l’Union européenne, comme le rappelle le journal La Croix. A ne pas voir plus loin que le bout de son nez et en privilégiant le chacun pour soi, nous sommes en train de détruire le sentiment d’unité qui faisait la fierté des européens… Il ne reste plus que le charbon et l’acier… Quel projet mobilisateur… quand la Grèce croule sous les diktats des financiers et de la troïka…! Les hommes après la finance… A un niveau franco-français, le blocus de Vintimille est  une défaite politique intérieure, un « Waterloo moral » comme l’a nommé Cécile Duflot. « C’est l’agitation à huis clos d’un pouvoir qui croit ainsi gérer une opinion publique en demande d’autorité et travaillée par la peur. Car il ne s’agit même pas de limiter l’afflux de réfugiés sur le territoire national : à Vintimille il s’agissait d’accueillir quelques milliers de migrants en transit vers d’autres pays européens. » commente Médiapart qui poursuit  » … (pour nos dirigeants) Il faut donc sans cesse rejouer l’exercice de la force sous les traits de la chasse aux Roms, des expulsions de sans-papiers, des ratonnades, des opérations de police pour recrédibiliser une souveraineté de papier. Peu importe leur efficacité, elles ont pour fonction de théâtraliser la puissance d’un pouvoir impuissant. xvm6a742392-1443-11e5-a253-6e65932a60eeComme si notre sécurité nationale était menacée par ces migrants. A droite comme à gauche, c’est la surenchère pour flatter les bas instincts des citoyens pour allier leurs suffrages. Comment s’étonner alors que l’autorité de l’État n’apparaisse plus que comme une fiction trompeuse qu’on s’efforce de crédibiliser à coups de menton sécuritaires et de politique répressive à l’égard des Roms, des exclus et des étrangers. C’est ce qui donne à la politique néolibérale son caractère nécessairement répressif. Non pas pour protéger une population apeurée, menacée par les vagues migratoires et l’explosion de l’insécurité, mais pour faire acte d’autorité et recharger un crédit qui se dissipe de tous côtés. … Vide politique d’un gouvernement tétanisé, surenchère d’une opposition qui donne dans l’humour noir… Dans quel pays vivons-nous pour que ce genre de situation soit possible ? “Une politique d’humanité et de fermeté”, assure le gouvernement. C’est bien plutôt une politique insensible, de désordre, aveugle aux nouvelles réalités. immigration-vintimille-italie-schengen_697423« Le blocus organisé par la France pour refouler des migrants venus d’Italie n’est pas une opération de la police des frontières mais une performance qui permet d’occulter la crise et l’impasse d’une Europe en mal de souveraineté : entre un cadre national qui se défait et une construction européenne qui reste virtuelle, entre des États-nations en perte de souveraineté et une Europe en manque de souveraineté. » Christian Salmon termine son article en s’interrogeant : « …la frontière n’est plus seulement territoriale, elle est morale, inquisitrice : elle distingue le bien du mal, nous et les autres, le dedans et le dehors… Elles accréditent le fantasme d’une Europe bastion que l’on doit coûte que coûte défendre et produisent une scénographie visuelle de l’état d’urgence face à de supposées invasions. Elles projettent à travers l’image de ces réfugiés revêtus de combinaisons de survie l’image de l’autre absolument inassimilable (« qui n’a pas vocation à s’intégrer »). Elles produisent l’hyperbole médiatique d’États qui agissent en mer et sur terre, par patrouille ou « patriot act » à la française, comme le substitut d’une souveraineté perdue. Elles fournissent à des sujets vulnérables, en demande de contention et de protection, un imaginaire de l’entre soi, le tableau d’un monde rassurant… » La France ne peut accueillir toute la misère du monde disait Michel Rocard. Sans doute. Mais il ajoutait « mais elle doit prendre sa part ». .. Évidence de fraternité avec l’Italie, les migrants … évidence de solidarité et de fraternité qu’on est en train de tuer dans l’œuf… avec une certaine idée de l’Europe qui se meurt… Certains diront : on fait de la politique … ! Oui ! C’est un des chemins de transformations sociales dans notre monde aujourd’hui. Incontournable, comme nous le rappelle le pape François qui, à propos de son encyclique sur l’environnement, rappelle la prise en compte urgente des pauvres – et les migrants en sont- dans tous les enjeux planétaires. Comme une équation pou lui : environnement = pauvreté = politique. Alors ne faisons pas l’autruche comme le républicain et catholique Jeb Bush, candidat aux primaires pour la prochaine élection présidentielle aux États-Unis qui estimait, lors de cette annonce de l’encyclique, que les leaders religieux n’étaient pas à leur place quand ils s’impliquaient dans les questions de politique économique. Mais où va-t-on si les chrétiens laissent faire n’importe quoi ? Il y a 60 ans déjà, Paul VI affirmait dans Gaudium et spes  :« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. …  La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. » Quand cela rentrera-t-il dans le crâne de « tous les hommes de bonne volonté » ? – l’analyse du journal Le Monde : A la frontière franco-italienne, l’incessant va-et-vient des migrants refoulés – l’analyse du journal La Croix  : Comment expliquer le blocage des migrants à Vintimille ? – Médiapart : Vintimille, performer la frontière ! et aussi Rompre avec cette politique d’inhospitalité Gaudium et spes

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Tenter de trouver avec notre prochain un terrain commun d’humanité
« Puissions-nous en ces moments entendre l’invitation de Dieu à prendre soin de ce monde, à en faire, là où nous vivons, un monde plus chaleureux, plus humain, plus fraternel. Un temps de rencontre, avec des proches, des amis : un moment pour prendre le temps de vivre quelque chose ensemble. Un moment pour être attentif aux autres, quels qu’ils soient. Un temps de partage de notre amitié, de notre joie. [...] Un temps de prière, aussi : attentifs à ce qui se passera dans notre monde à ce moment- là. Prions pour ceux qui en ont le plus besoin, pour la paix, pour un meilleur vivre-ensemble. »
Père Jacques Hamel
dans le bulletin paroissial de l’église Saint-Étienne, en juin, avant son assassinat
La compassion est en train de quitter notre monde

" "A ceux qui se demandent quel sorte de manque ronge silencieusement nos sociétés, il faut répondre : la compassion. Cette sollicitude spontanée que les bouddhistes appellent la maitrise et qui est assez proche, au fond, de l'agapê des chrétiens.
Aujourd'hui, on a beau prendre la réalité contemporaine par tous les bouts, une évidence crève les yeux : la compassion est en train de quitter notre monde. A petits pas. Insidieusement. Or, avec la compassion, c'est le bonheur de vivre qui s'en va. Disons même la gaieté.
Nos rires deviennent tristes. Notre sérieux est navrant. Nos prudences sont moroses. Nos "fêtes" sont sans lendemain. Nos plaisirs sont boulimiques et plutôt enfantins. Tout se passe comme si la frénésie jouisseuse de l'époque cachait une sécheresse de cœur et une stérilité de l'esprit.
La gaieté véritable, celle que nous sommes en train de perdre, c'est celle de l'aube, des printemps, des projets. Elle se caractérise par une impatience du lendemain, par des rêves de fondation, par des curiosités ou des colères véritables : celles qui nous "engagent".
Cette vitalité joyeuse ne doit pas être abandonnée à la contrebande des amuseurs médiatiques ou des clowns politiciens."

Paroles partagées par Jean-Claude Guillebaud en conférence en 2015 à Briec-de-l'Odet (29).